ODE A MEDINE

ODE A MEDINE

  De Sabine Revillet

Avec Maite Cotton / Mise en espace Stephanie Correia

avec plusieurs lectures dont une à la Maison des Auteurs à Paris à Confluences

une à Avignon 2015 au Théâtre du Girasole 

une à Confluences

une au Train de vie et à Grenier Neuf à Dijon mise en lecture Leyla-Claire Rabih avec Fadwa Souleimane

LA CREATION DU TEXTE AU THEATRE DARIUS MILHAUD EN FEVRIER 2016 PAR LA COMPAGNIE CONTREJOUR 

 

VOICI LES CRITIQUES ICI RASSEMBLEES

https://theatoile.wordpress.com/2016/04/24/ode-a-medine-enterrer-le-deshonneur/

Ode à Médine : enterrer le déshonneur

C’est dans la petite salle du Théâtre Darius Milhaud que se joue jusqu’au 2 mai 2016 une vraie pépite théâtrale : l’Ode à Médine, un seule-en-scène poignant écrit d’après une histoire vraie par Sabine Revillet où Stéphanie Correia met en scène l’incroyable Maïté Cotton qui donne vie aux trois protagonistes d’une famille plongée dans un drame inéluctable. Quand la folie occulte la douleur, cela donne un moment d’une rare intensité.

ode a medine
© Julie Peiffer

Magda est une mère qui vit dans une sphère non pas avec mais à côté des siens. Sa passion dévorante, ce sont les plantes. Ce sont ses bébés, ses enfants et comptent bien davantage que sa propre famille, au point que son obsession est à la fois une arme et un refuge. Personnalité borderline et enfantine, elle flirte allègrement avec la schizophrénie pour mieux nous faire entendre la force de sa tragédie. Sa fille, Médine, a 16 ans. Les plantes ? Elle n’en éprouve aucun intérêt et tente de les fuir de toutes ses forces, jusqu’à fuguer une journée pour ne plus les voir. Mais ce terrible affront lui coûtera cher car en sortant de la maison sans l’autorisation de son père et en parlant à des inconnus, la jeune fille vient de signer son arrêt de mort. Pour avoir déshonoré en actes le patriarche, elle sera condamnée à s’enterrer vivante, dans la fleur de l’âge, comme une plante incapable de renaître à la vie. Sa mère va nous livrer le récit de ce crime à travers une sublime métaphore, captivante et saisissante, ponctuée de silences éloquents, à la manière de pauses salutaires où le temps s’étire pour mieux nous laisser nous imprégner de la situation et de la profondeur de ce qui s’est joué. L’atmosphère de l’enfer se dessine et gagne en épaisseur, dans une solitude extrême. Au final, ce silence sera tout ce qu’il restera à la mère dont les plantes sont des enfants du mutisme.

Lorsque Maïté Cotton apparaît sur le plateau, dans sa nuisette blanche, elle semble d’une fragilité désarmante, presque une morte-vivante. Elle caresse le tas de terre fraîche qui est à ses pieds nus : « J’arrose mes plantes, ça me fait du bien » dit-elle. Et nous devinons à quel point Magda a besoin d’aller bien. Exprimant sa passion pour les plantes et le respect qui les unit, elle se couche au sol, telle une mère sur la tombe de son enfant, avec douceur et sensibilité. C’est alors que nous revivons les craintes de Médine, suppliant sa mère de laisser la lumière allumée pour la nuit car elle pense que l’obscurité va l’avaler, va la faire disparaître. Cette peur irrationnelle deviendra malheureusement une triste réalité. Dans un langage poétique et métaphorique, Magda laisse son esprit s’évader. Et quel sincère et sensé moment que celui où elle laisse entrevoir toute l’étendue de sa fragilité humaine sur Magnolia Forever de Claude François : « dites- lui que j’ai peur pour elle […] je ne sais plus comment faire […] elle était fière, elle est soumise, comme un amour qui lâche prise… ». Chaque mot prend un sens d’une force nouvelle en résonnance avec le drame vécu par Magda. Cet instant d’émotion laisse ensuite place à la voix paternelle, chargée d’insultes. La première fois, nous sommes saisis par la violence verbale qui nous arrive en plein cœur comme une myriade de petites lames. La gorge serrée, les larmes nous viennent aux yeux, sans crier gare. Puis la scène se reproduit à deux autres reprises et s’oppose avec le ton détaché et lointain de la mère, en plein déni. Le mari irascible nous révolte et il y a cette odeur de la terre, sur le plateau, qui nous happe et nous rappelle sans cesse que tout cela finira dans l’obscurité des entrailles du monde. Maïté Cotton passe du père à la mère, de la mère à Médine et de Médine au père avec une réelle couleur pour chacun des protagonistes. L’émotion est brute, palpable jusqu’au constat final, terrible : « aucune plante ne peut survivre sans lumière, aucune ». Et pourtant, un monstre respire toujours dans la maison tandis que la mère n’est plus qu’une plante en décomposition.

Au 21ème siècle, les femmes subissent encore des violences et des traitements odieux pour des raisons diverses mais archaïques, pas uniquement dans des régions reculées du monde. Si l’histoire de Médine Memi s’est déroulée en Turquie, en 2010, il ne faut pas oublier que le sujet demeure atemporel et universel. Comme l’a fait récemment le film Mustang de Deniz Gamze Ergüven, récompensé de quatre César en 2016, ou la pièce de théâtre Lapidée de Jean Chollet-Naguel, vue en février dernier à la Comédie Bastille, il est urgent et nécessaire que l’Art nous sensibilise à une réalité que nous voulons encore trop souvent occulter. Mais vouloir fuir l’inacceptable ne le rend pas moins réel et l’Ode à Médine délivre un message fort, empli d’espoir, qui est celui de faire cesser ces crimes d’honneur injustes, barbares et inhumains en rendant vivant ces tragiques faits-divers.

 

Une Ode à Médine puissante et insoutenable au Théâtre Darius Milhaud

Ode à Médine glace le Théâtre Darius Milhaud tous les lundis à 21h jusqu’au 2 mai. Une actrice seule sur scène incarne les trois protagonistes d’un drame familial insoutenable. Adapté d’une histoire vraie, la pièce coupe littéralement le souffle. Un déluge d’émotion se déverse sans discontinuer sur un public médusé dans une pesanteur suffoquante. Un moment de théâtre crispant et puissant qui invite à la réflexion.

Sabine Revillet s’est inspiré d’une histoire vraie pour écrire Ode à Médine. En 2010, la jeune Médine a été assassinée dans un anonymat général. L’histoire n’est reprise que par certaines publications, attirant l’attention et émouvant l’auteure. En osant parler à des inconnus, Médine, 16 ans, s’est attiré la furie paternelle jusqu’à l’escalade tragique, innommable, inimaginable. Enterrée vivante dans le jardin familial, elle a lavé de sa vie l’affront. Plutôt que d’adapter littéralement le récit de ce crime d’honneur, l’auteure choisit Maïté Cotton pour prêter son physique et sa voix au père, à la mère et à la fille. Elle bascule de l’innocence de l’enfance à la rage paternelle sans transition. Elle susurre ou vitupère dans une même fougue habitée. La voix principale est celle de cette mère vivant dans le déni. La botanique est son refuge pour ne pas sombrer devant le comportement monolithique d’un mari taiseux et violent.

En 2010, la jeune Médine a été assassinée dans un anonymat général.

Le contexte de la pièce reste indéfini, peut être ailleurs, possiblement chez nous. L’auteure cherche l’universalité et prend du recul avec l’histoire originale. Ni la culture du pays ni les moeurs archaïques ne sont pointés du doigt. Le déni maternel est transposable à toute époque et en tout lieu, et si sa posture schizophrénique en fait une victime obnubilée par un monde de fantaisie botanique, elle pourrait avoir n’importe quelle autre lubie. Le choc de génération entre un père ancré dans un archaïsme ancestral et une fille éprise de vie rappelle immédiatement les récentes héroïnes du touchant Mustang. Le comportement psychotique de la mère a ranimé le souvenir de l’ouvrage d’Hubert Selby Jr,LeDémon. Contexte et intrigue très différents, mais le héros se plonge également dans la botanique pour taire son addiction et échapper à l’asphyxie.

L’actrice multiplie les performances dans une heure dense et somatique. La mise en scène épurée la place entre un écran de fleurs et un tapis de terre en forme de tombe. Elle s’en recouvre à l’envi, comme si la triste mère souhaitait conserver un lien avec sa fille disparue. Sa chemise de nuit immaculée perd de sa pureté et se transforme en habit de deuil souillé de terre. Les rares moments où elle incarne le père la voient multiplier les injures dans une litanie pénible car mortifiante. Les noms d’oiseaux volent et on imagine l’implication émotionnelle nécessaire pour s’approprier le personnage. La thématique botanique revient incessamment, soulignant le trait métaphoriquement, plaquant au sol cette histoire de deuil et de terre.

La pièce Ode à Médine mérite d’être découverte de toute urgence pour se confronter à une réalité terrifiante et à ce crime insoutenable.
En savoir plus sur http://publikart.net/ode-a-medine-puissante-insoutenable-theatre-darius-milhaud/#JtkqDfKxd7HJXtqd.99

 

 

Ode à Médine de Sabine Revillet

par Gilles Costaz

Une femme, en déshabillé, comme au sortir du lit, parle. L’on sait tout de suite qu’elle reflète une tragédie, qu’elle va vers la tristesse la plus douloureuse, et au-delà. Est-elle la victime ? Le témoin ? La voix de la collectivité ? Plusieurs voix cohabitent en elle mais on comprend qu’elle est, avant tout, la mère d’une femme rayée du monde des vivants. Car une victime il y en a bien une : une jeune femme mariée que son ami et son père ont enterrée vive et qu’ils ont laissée s’étouffer dans le jardin de leur maison, parce qu’elle bavardait avec des hommes. La femme ne raconte pas exactement ce qui s’est passé. Elle lance des sensations, des images, des émotions, des cris. L’horreur se reconstitue, dans la mosaïque du monologue et des mots des autres. La mère devient parfois sa fille qui jette ses suppliques inutiles avant et après le meurtre. « Dans le jardin elle s’est enterrée avant l’heure du dîner / L’obscurité l’a faite disparaître / L’obscurité l’a avalée / Jamais nous n’avons eu de fille. Elle s’est expulsée de nos cornées », clame la mère.
Sabine Revillet a trouvé la distance du poème, laissant au loin le fait divers qui s’est produit en Turquie en 2010 (et qui a pu se reproduire on ne s’est combien de fois depuis, ici et là). Elle a écrit un psaume, un chant, bouleversant. Stéphanie Correia le met en scène sur une scène carrée, où un peu de terre, brassée par l’actrice seule en scène, évoque la sauvagerie primitive du drame et où une image vidéo à l’arrière-scène donne à voir la végétation, donc la vie. Maïté Cotton porte ce personnage complexe de morte et de vivante, de disparue et de survivante, en qui s’exprime la parole de toutes les femmes humiliées du monde. Elle est à la fois forte et fragile, d’un seul bloc et de mille fissures. Sabine Revillet, Stéphanie Correia et Maïté Cotton ont créé un moment brut, qui se refuse à l’élégance et même à l’esthétique. Au-delà de l’hommage à l’authentique Médine, c’est une plainte sidérante et nécessaire qui rejoint les grandes plaintes antiques en rompant avec elles, sans rien perdre de son urgence immédiat.

 

Ode à Médine

Théâtre Darius Milhaud

http://www.saisonsdeculture.com/article/97/487,ode-a-medine?fb_action_ids=1233913599964953&fb_action_types=og.likes

Tout commence par l’étrange ballet d’une femme : Magda et de son rapport très intime à la terre. Intime, car c’est là que le drame s’imprime dans la douleur d’une mère. La terre est bien assez noire pour évoquer le rite d’une danse Butô et réveiller l’enfant qui sommeille en nous.

Par le cri, les silences et le geste de la comédienne Maïté Cotton, l’auteure, Sabine Revillet nous révèle que seule la poésie peut concéder la force de permettre l’inacceptable.

Maïté Cotton disperse sa voix entre trois personnes : son mari tyrannique, sa fille enterrée vivante, et sa propre culpabilité…

Drame de l’honneur en Orient dont on ne possède pas spécialement les codes et qui nous laissent une impression d’inanité. Saluons la prestation de la comédienne, très habitée par ce rôle magnifique de difficultés.

Mylène Vignon

 

 

https://theatrelle.wordpress.com/2016/03/22/ode-a-la-vie-ode-a-medine-mes-stephanie-correia/

Ode à la vie – Ode à Médine

MES Stéphanie Correia

La première chose que l’on remarque en entrant dans le petit théâtre Darius Milhaud, c’est l’odeur de terre. L’odeur de la terre fraîchement remuée, celle que l’on pourrait sentir au petit matin quand la rosée recouvre encore les roses d’un jardin, ou celle du soir après la bruine. L’odeur de la terre qui, pelle après pelle, est jetée sur les cercueils.

Au centre de la scène donc, un tas de terre. En fond de scène, une projection de feuillages. Et puis Maïté Cotton arrive lentement. Elle porte une nuisette grise, ses cheveux sont lâchés. Depuis combien de temps cette femme ne s’est pas coiffée ? Elle a l’air perdue dans ses pensées, dans ses souvenirs, perdue tout court. Elle parle de ses fleurs, de sa passion pour elles. Une longue et lente logorrhée qui petit à petit rassemble les pièces d’un puzzle effroyable.

Sa fille est morte, enterrée vivante par un père qui ne supportait pas que Médine parle aux inconnus, que Médine rie, que Médine ne soit pas cloîtrée, emmurée. Alors il l’a enfermée à sa façon. Il a jeté sur elle la terre qui l’a fait taire à tout jamais. Depuis Magda est folle.

Un texte qui se découvre petit à petit, auquel il faut s’abandonner avec confiance. S’il peut être assez déroutant (et il vaut mieux, je pense, en avoir lu une introduction auparavant et savoir que Ode à Médine est écrit d’après une histoire vraie, un crime odieux commis en Turquie il y a quelques années) le texte de Sabine Revillet finit par charrier le spectateur et l’enferrer dans la démence de Magda. Le texte, oui, mais aussi et surtout la sublime prestation de Maïté Cotton, toujours juste et pourtant incandescente, trouble, dévastée, exaltée. Maïté Cotton est habitée, elle est Magda. Elle est la femme universelle, la mère, la jeune fille, l’enfant. Elle est toutes les femmes dont la vie est broyée par une société archaïque et inhumaine. Elle est la terre aussi, la terre des femmes, le terreau où germera un jour un monde où les femmes seront respectées.

 

http://spectatif.over-blog.com/2016/03/ode-a-medine-au-theatre-darius-milhaud.html

Attention, ce spectacle est une pépite théâtrale à ne pas louper !…

Sabine Revillet semble avoir écrit ce monologue théâtral avec les larmes de la poésie et les émotions de l’injustice. Elle nous offre un puissant texte qui transcende ce crime d’honneur d’un père à sa fille comme pour nous permettre de découvrir ce fait divers. Pour le maintenir présent dans nos mémoires. Tel un symbole parmi d’autres des horreurs de l’ignorance, des méfaits de l’oppression culturelle, des erreurs de l’humanité.
Magda, la mère de Médine, est folle. Elle nous parle depuis son univers où elle est enfermée avec son amour des plantes, son éden, son enfer, son oubli. Magda est soumise à son mari et privée de son rôle de mère, jusqu’à ne pas trouver les ressources pour protéger sa fille. Sans doute la plus horrible des souffrances faites aux femmes.
Magda, la mère de Médine, est folle. La démence qui l’habite lui fait dire des mots par lesquels nous voyons ses maux et ceux des femmes qui comme elle, plient par impuissance sous le joug des traditions et des usages de la société patriarcale. Et ici, la domination masculine est à son comble pour ce qu’elle oblige Magda à la subir au quotidien, dans son intimité de femme et de mère.
Magda, la mère de Médine, est folle. Elle nous surprend par son humanité et sa beauté simple. Elle nous émeut de sa vie gâchée, empêchée et jamais soulagée.
Magda, c’est la comédienne Maïté Cotton ou plutôt il faudrait dire : Maïté Cotton c’est Magda. Tellement son jeu est juste, sincère et intense. Elle nous cueille dès le premier instant pour ne plus nous lâcher. Ses larmes sont les nôtres, ses souffrances aussi. Une impressionnante performance réaliste et poétique. C’est sans pathos, c’est simple et puissant. Nous restons cois devant cette fusion entre la comédienne et son personnage.
La mise en espace de Stéphanie Correia sert le monologue en apportant la dimension artistique nécessaire pour tenir le public en haleine. La mise en scène nous surprend sans cesse, permet aux sensations de s’installer le temps qu’il faut, ni trop ni pas assez.
Cet « Ode à Médine » est d’une beauté théâtrale qui en fait un moment rare. Oui, ce spectacle est une pépite théâtrale à ne pas louper !

 

ODE A MEDINE 

http://www.regarts.org/Theatre/ode-a-medine.htm

Il y a la mère, le père et la fille. Elle s’appelle Médine. Elle a quatorze ans.

C’est la mère qui parle, elle raconte, sa vie, sa fille, son mari.

Elle décline surtout sa passion pour les plantes, les fleurs, les azalées entre autres.

Elle a rempli la maison et sa vie de ses plantes et de l’attention qu’elle y porte. Elle les arrose, les bichonne, leur parle, les considère au même titre que des êtres vivants.

Elles sont son monde à elle. Elles sont son air, son rêve, son âme, son évasion.

Elles sont aussi ses seules amies, ses alter ego, ses enfants qu’elle allaite de l’eau qu’elle leur donne en abondance. Elle est peut-être elle-même une plante. Du moins elle en a presque la vie.

Sabine Revillet s’est inspirée d’un fait divers pour écrire ce texte fort et dépouillé. Mais pas question pour elle de décrire par le menu le drame originel de cette famille. La richesse de cette histoire réside dans ce qui ne se dit pas, et ce qui échappe. Et c’est tout le mérite de la mise en scène de Stéphanie Corriea et de l’interprétation remarquable et si personnelle de Maïté Cotton que d’aller dans le sens  symbolique contenu dans les mots.

Tout part d’une anecdote. La fille, un soir, sort de la maison seule et passe une partie de la soirée dans la rue. C’est tout.

On pourrait dire que le thème central de cette pièce est l’Infortune. Mais il est surtout question ici de la violence : violence des hommes sur les femmes, violence de la morale sociale, du jugement des autres, de leurs regards, sur les individus, la liberté.

De la poésie presque naïve, sensuelle et un peu folle, le spectacle bascule alors de plus en plus vers une tragédie âpre où l’innocence périt sous le coup de l’aveuglement et du fantasme. La comédienne se laisse alors envoûter par l’incarnation du père et sa bouche se met à proférer des mots d’une extrême violence, d’une crudité totale, des ordures de mots que le père déverse sur le visage innocent de sa fille… Et l’incroyable est là : les seules salissures viennent de ce père étroitement panique dans un monde où le jugement de la communauté est plus sacré qu’une vie.

L’histoire originale s’est déroulée en Turquie. Mais l’histoire racontée ici se défie de toute identification nationale, et c’est une ode à l’innocence universelle que Médine représente ici.

Bruno Fougniès

 

 

ODE Á MÉDINE

« Maman, n’éteins pas la lumière… »

Ode à Médine est un texte qui est inspiré d’un fait divers survenu en 2010 à une jeune fille turque, Médine, enterrée vivante dans le jardin familial par son propre père pour avoir fréquenté des garçons. Inspiré car l’auteure, Sabine Revillet, revisite cet horrible évènement en le replaçant dans un milieu indéfini, quelque part dans un monde fictif et donne la parole à la mère, prénommé Magda, amoureuse obsessionnelle des plantes et qui à travers elles va raconter son drame et celui de sa fille disparue… Un texte cru, vrai, sans concessions qui jaillit des entrailles de cette mère perdue presque déboussolée mais profondément sincère.

Et pour incarner un personnage d’une telle puissance, il fallait une actrice à cette mesure. Maïté Cotton est absolument phénoménale. Elle vous hypnotise en un instant dés qu’elle entre sur scène ; une présence charnelle, animale qui vous interpelle immédiatement. Mais lorsqu’elle commence à parler, c’est encore plus évident : de sa voix cassée et chaude, elle tord et mastique les mots pour leur donner du corps et nous les décoche comme des flèches acérées. Dés lors, impossible d’échapper à son emprise et le personnage de Magda nous apparait comme une sorcière blanche aux pouvoirs mystérieux issus peut-être de ses plantes qu’elle adore, à qui elle donne un nom et qu’elle préfère évidemment à la cruauté des hommes. 

Et lorsque, dans la mise en scène juste et physique de Stéphanie Correia, l’actrice doit se rouler dans la terre ou hurler les paroles d’une chanson, on plonge avec elle sans réfléchir dans cette folie passagère… Simplement parce que Maïté Cotton a cette qualité qui fait les grande actrices : elle ne joue pas, elle est Magda jusqu’aux bout de ses ongles, jusqu’à la racine de ses cheveux sauvages, jusqu’aux larmes au fond de ses yeux.

Cette performance intense et habitée illumine le texte qui nous prend aux tripes et nous emmène jusqu’à l’issue fatale. Les petites filles sont comme les plantes, elles peuvent mourir si on n’en prend pas soin… Nous sommes soufflés par ce voyage émotionnel et traversés par d’intenses sensations lorsque la pièce se termine.
Ode à Médine est un hymne universel et bouleversant sur le désarroi d’une mère. Ne ratez sous aucun prétexte ce diamant brut de poésie. 

 

 

 

 

LE RESUME DE LA PIECE

LAUREATE DE L’AIDE A LA CREATION DU CENTRE NATIONAL DU THEATRE  

EN 2009 

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Magda parle à ses plantes. Parler à ses plantes, s’occuper de ses plantes, c’est le seul endroit où son âme peut se réchauffer. Aimer peut-être. A côté, il y a Médine. Médine a peur de l’obscurité. Et le mari de Magda qui gronde et grogne.

Ce texte s’inspire d’un crime d’honneur et a obtenu l’aide à la création du CNT 

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Extrait

« j’arrose mes plantes ça me fait du bien

ma fille dit que j’arrose trop mes plantes moi

j’aime bien arroser mes plantes

les arroser c’est comme si j’entrais dans leur tête

comme si je leur donnais la tétée … »

RETOURS d’un lecteur de l’association A Mots Découverts

« Ça se lit dans un souffle. On regarde le texte se déployer comme un lierre grimpant,silencieux.  Une  sorte  de  tragédie  végétale  inexorable.  Un  conte  fantastique,mystérieux  en  forme de poème dramatique.  C’est  un  flot  ininterrompu… »

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